LE POISSON SCORPION

Un projet du Collectif Inouï
De Nicolas Bouvier (Éditions Gallimard)
petite performance pour une comédienne et un musicien
Avec : Agnès Régolo (voix, découpage et mise en espace des textes), Guigou Chenevier (sons, bruits, bidouillages), Emmanuel Gilot (mise en espace sonore), Erick Priano (lumières)

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Le rendez-vous que nous proposons invite à un partage en public à travers ce texte, sans manière, non guindé, au mieux : tranquillement. Si possible, libres et inspirés, comme Bouvier. Un parcours au croisement de deux langages. D’un côté, celui des mots, de l’autre, celui des sons. Deux univers indissociables pour Nicolas Bouvier. “Pour moi, une vie sans musique, ça n’aurait pas grand sens“ disait-il, et ceci encore “De tous les remèdes que cette planète bleue où nous vivons nous offre, la musique est le seul à être également partagé“.
Ecrivain limpide et doué de légèreté, Bouvier nous invite à un dépassement des limites à l’intérieur desquelles nous sommes enfermés, pour que se produise ce qu’il appelait “l’irruption du monde dans notre maigre carcasse“.

Poisson-Scorpion nv visuel
LE POISSON SCORPION
“L’enfance, plus qu’un âge, est un état d’esprit“ écrivait Nicolas Bouvier.

“C’est une attention fébrile aux êtres et aux choses, une impatience d’absorption qui permet, pour de brefs instants, de saisir le monde dans sa polyphonie“.

Publié en 1981, Prix de la Critique en 1982 et Prix Schiller en 1983 “Le Poisson-Scorpion” relate le séjour de Nicolas Bouvier sur l’île de Ceylan en 1955. Bien plus qu’un récit de voyage, Le Poisson-Scorpion est un conte fantastique et autobiographique autour de l’affaissement physique et mental d’un voyageur arrivé au bout de sa route. Enlisé dans la solitude et la maladie, frôlé par la folie, “Le Poisson-Scorpion” cherche à donner une forme à une telle épreuve.

EXTRAIT
J’ai rasé ce matin la barbe que je portais depuis l’Iran : le visage qui se cachait dessous a pratiquement disparu. Il est vide, poncé, comme un galet, un peu écorné sur les bords. Je n’y perçois justement que cette usure, une pointe d’étonnement, une question qu’il me pose avec une politesse hallucinée et dont je ne suis pas certain de saisir le sens. Un pas vers le moins est un pas vers le mieux. Combien d’années encore pour avoir tout à fait raison de ce moi qui fait obstacle à tout ? Ulysse ne croyait pas si bien dire quand il mettait les mains en cornet pour hurler au Cyclope qu’il s’appelait “Personne“. On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.
Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu’on a vu ? Devenir reflet, écho, courant d’air, invité muet au petit bout de la table avant de piper mot.


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