L’Art Résiste Au Temps

… ou le processus régénératif de la patte postérieure du lézard

Création musicale, politique, écologique et philosophique

D’après «La stratégie du choc» de Naomi Kleins

Avec: Guigou Chenevier : batterie, machines – Karine Hahn : harpe – Serge Innocent : batterie, l'art resiste au temps 013percussions, trompette – Gilles Laval : guitare – Franck Testut : basse – Emmanuel Gilot : son – Agnès Régolo : perturbations théâtrales – Suzanne Stern : perturbations plastiques – Matthias Youchenko : perturbations philosophiques – Laurent Frick: chant, claviers, sampler
Un spectacle pas seulement musical du Collectif Inoui
En coproduction avec le Centre Chorégraphique Maguy Marin à Rilleux-La-Pape, le CCAM de Vandœuvre-les-Nancy.
Aide à la production et résidence de création : 3 bisf, Lieu d’Arts Contemporains de Aix en Provence.
Avec le soutien de la DRAC PACA, du Conseil Régional PACA et du Conseil Général de Vaucluse.

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Enregistrement et sortie cd: mai – juillet 2016


L’Art Résiste Au Temps

l'art resiste au temps 050En s’écroulant le 9 Novembre 1989, le mur de Berlin a délivré l’Allemagne de plus de quarante ans de Stalinisme. Le mur n’a pas entrainé dans sa chute qu’un système politique vieillissant et totalitaire, il a réduit aussi à néant l’idée même de révolution et d’utopie. Puis les ondes de chocs de la chute du mur ont été sur-multipliées par l’écroulement des Twin Towers.

Ainsi, ses deux évènements majeurs de la fin du XXème et du début du XXIème siècle, auront été comme les signaux avant- coureurs d’un écroulement beaucoup plus global de toute l’architecture démocratique occidentale. Ils ont projeté tout l’Occident, et pour longtemps, dans un état de “stupéfaction“ quasi mystique. Un vide politique, idéologique et philosophique s’est alors emparé de nous.

Parallèlement, les Accords Généraux du Commerce et des Services (émanation européenne de l’ O.M.C.), théorisaient la pensée libérale (pour ne pas dire l’idéologie libérale). Ainsi, aucun secteur de l’activité humaine ne devrait plus échapper aux règles de “la concurrence libre et non faussée”. Ce qui, par antithèse, signifie que plus aucun secteur de l’activité humaine ne devrait plus être aidé, soutenu, subventionné. Pas plus la santé, l’éducation, la culture que tout autre secteur.
Et l’art dans tout çà? Puisque la mort de la philosophie et des idéologies semble avérée, l’art n’est-il pas mort lui aussi? Et si tel est le cas, que reste-t-il aux artistes ? Quelle urgente nécessité les poussent-t-ils encore à agir ? Un réflexe de Pavlov ? Un pur phénomène physique, équivalent à la période nécessaire à la locomotive pour s’immobiliser complètement après que le conducteur ait déclenché le freinage ? Comme la patte postérieure du lézard qui bouge encore une fois coupée (avant de se régénérer)? L’art serait donc comme la patte du lézard? Mais si tel est le cas, combien de temps les artistes mettront-ils à se régénérer?
Et avant de se régénérer, peuvent-ils résister longtemps à un système politique s’auto-proclamant comme le seul possible jusqu’à la fin des temps?

Et Puis…
…L’affirmation que les humains ne pourraient vivre ensemble raisonnablement que dans le cadre d’un système politique excluant tous les autres n’est-il pas l’aveu que ce système a déjà basculé dans le totalitarisme? Lorsque certains hommes d’état, au nom de la défense des intérêts économiques de leur pays, avalent n’importe quels lézards de la part de pays alliant totalitarisme et libéralisme sauvages, cela n’implique-t-il pas directement qu’ils sont prêts aussi à brader la démocratie, et à pousser leurs propre pays vers le totalitarisme à seule fin de rester dans la course économique? Face à ses dérives morales, sociales et/ou politiques, que peuvent encore les artistes?
L’art résiste au temps : sous cette affirmation péremptoire et volontiers provocatrice, se cache une série de question- nements plus vertigineux les uns que les autres (un jeu de miroir abyssal).
Comment résister dans une époque ou le temps s’est contracté sur lui-même comme une pelote de nerfs? Contracté, jusqu’à l’implosion. Plus le temps de rien, et surtout pas de réfléchir, penser, laisser mûrir, décortiquer, peser le pour et le contre. Pas le temps d’expérimenter, tâtonner, chercher.
Et d’abord, qu’est-ce que l’art ? Une production artisanale ? La production industrielle d’artefacts? La marchandisation de la culture est-elle compatible avec l’idée du geste artistique? Les millions de t-shirts vendus dans le monde à l’effigie du Che, ont-ils contribué en quoi ce soit à la diffusion de ses idées révolutionnaires? Comment résister? Est-il possible d’avoir une distanciation artistique, pris dans les mailles de ce temps là? Vastes questions !
L’art résiste au temps est un projet, donc, prêt à assumer les doutes et les contradictions artistiques. Par un désir farouche d’utopie. Par une envie désespérée de croire que l’art, la politique et la philosophie ne sont pas définitivement au bout du rouleau et peuvent encore se régénérer. Cerné de doutes et de craintes, cependant. Tant la seule posture possible pour l’artiste est le doute. Tout artiste sûr de lui étant par définition un imbécile, ou bien un artiste d’état. Ce qui, à la réflexion, est à peu près la même chose.
Le doute donc, comme une boussole affolée qui poserait des questions souvent sans réponse. Sceptique par tempérament. Optimiste par obligation.
En aurons-nous appris un peu plus sur nous-mêmes, une fois ce projet abouti ? Serons-nous régénérés ? J’aime à le croire…

Guigou Chenevier, Juillet 2008


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